Histoire
Le Quatromino® n’est pas un simple jeu, ni une simple variante d’un jeu déjà existant. Pour moi, Yannic, son inventeur, il est la sublimation d’un état d’esprit et d’une quête.
C’est l’arbre d’une expression artistique que les mots ne suffisent pas à expliquer. Tout comme le spectateur d’une toile de maître amène sa propre interprétation en fonction de son expérience et de ses émotions, j’aime à croire que chaque partie de Quatromino jouée permet au joueur d’exprimer lui aussi sa propre interprétation de mon travail. D’ailleurs, saviez-vous qu’il existe des millions (voire plus) de parties distinctes ?
Je parle d’arbre et non de fruit, car un arbre grandit, tandis que le fruit pourrit. Je vous le garantis, le Quatromino a encore beaucoup à révéler. Mais avant de parler du futur, voyons son histoire. Dans la chronologie ci-dessous, je vous amène avec moi dans l’aventure de la création du Quatromino.
Tout part d’une simple question d’un esprit curieux :
1995
Une alternative à trois cases permettrait-elle de faire évoluer l’esprit de ce jeu ? Les travaux se concentrent alors sur une pièce ayant la forme d’un triangle équilatéral. L’objectif est de rapprocher les trois côtés de chaque pièce. Mais … je découvre dans les rayons des magasins un certain Triominos ! D’origine hollandaise, il semble que l’idée des pièces à rapprocher ait déjà parcouru le globe.
1996
Je décide donc de passer au niveau supérieur : quatre cases. Chaque pièce serait carrée, et divisée en quatre triangles isocèles par ses diagonales. Mais si les motifs sur les dominos coulent de source, la question de leur choix pour le « quatre cases » se pose comme un vrai mystère.
La case figurant au début du motif, appelée la base, prend une place importante dans la définition des pièces et, par conséquent, du jeu. Cette case est colorée, tandis que les trois sont frappées d’un chiffre, allant de 1 à 3. Les chiffres sont positionnés dans l’ordre croissant, et dans le sens horaire. Soit vingt bases bleues, dix bases rouges, quatre bases vertes et une base jaune.
1997 - 2022
Le jeu est là, jouable et commence à trouver son public. Mais il présente un total de 35 pièces. Par intuition, il lui faudrait plutôt un nombre pair de pièces : j’introduis alors le joker, qui présente un motif totalement neutre et qui peut être joué n’importe où. A la condition de le placer en dernier !
2002 - 2021
Les nombreuses parties avec mes filles (alors âgées de 10 et 7 ans) amènent leur lot de suspens et de découvertes. Mais le jeu « prend de la place » : il envahit la table, un peu à la manière des dominos. C’est un point qui me taquine, et je décide de jouer sur un plateau carré, de six cases de côté, soit 36 pièces. Eh oui, le joker, la 36e pièce, n’est pas arrivée pour compléter le plateau, puisque ce dernier a fait son apparition bien après.
Le plateau m’apparaît comme l’aboutissement d’une quête identitaire pour le Quatromino. Il est désormais différent des dominos, car il ne se répand pas sur la table de jeu, mais se joue sur un plateau à la forme et aux dimensions fixes. Il est également différent des Triominos, car chaque pièce possède quatre cases.
A ce stade de ma quête, rien ne me garantissait que l’on pourrait effectivement poser l’ensemble des pièces de manière légale sur le plateau. La manière de jouer devient totalement différente, car pour gagner, le joueur doit se plier à la volonté du jeu, tout en imposant la sienne.
Le Quatromino exprime désormais l’énergie que je cherchais à caractériser.
De nouvelles contraintes et de nouvelles stratégies apparaissent. Le jeu séduit de par sa formulation simple, et par sa complexité déroutante. Au-delà des stratégies « explicables », le joueur amateur réalise qu’il joue contre lui-même, au sens propre et figuré du terme.
Le Quatromino semble être le reflet du joueur : plein de paradoxes, de contradictions, de beauté et de subtilités.
2022
Il semble que ma quête ne soit pas terminée. J’entame des travaux de recherche en informatique et en mathématiques, avec le LAMIA (laboratoire de mathématiques, informatique et applications, Université des Antilles), sur le sujet du Quatromino. Les chercheurs me font découvrir les EMPG, cette famille de jeux à laquelle le Quatromino appartient.